La photogrammétrie en archviz : concevoir un projet paysager directement dans son contexte réel
Sommaire
Sortir du terrain plat en Archviz grâce à la photogrammétrie
En visualisation architecturale, le plus grand piège est souvent celui de la "page blanche"... ou plutôt du "terrain plat".
Combien de rendus 3D présentent des projets séduisants, mais posés sur un sol artificiellement lisse, déconnectés de la réalité de leur environnement ? Dans la vraie vie, un terrain n'est jamais parfaitement horizontal. Il a du relief, des écoulements, des talus existants qui dictent l'intégration du projet. Ignorer ces contraintes, c'est prendre le risque de vendre une image fausse techniquement.
L'autre impasse courante est le photomontage (l'insertion paysagère classique). Si la méthode peut dépanner pour une image unique, elle montre vite ses limites sur un projet complexe. Entre la difficulté de faire coincider la perspective 3D avec une photo, la gestion fastidieuse du redressement des lignes ou des distorsions optiques, et parfois la tentation d'utiliser un arrière-plan générique "qui ressemble à peu près"... on finit souvent avec une image qui trahit le contexte réel.
C'est pour sortir de ces approximations que nous avons intégré la photogrammétrie au cœur de notre processus. Loin d'être un simple gadget, le scan 3D devient l'outil de référence pour capturer la "réalité du site" en trois dimensions.
Dans cet article, je vous propose de décortiquer un cas concret : la réhabilitation d'un parc urbain et de ses alentours. Le défi ? Transformer un site majoritairement bitumé (avec un terrain de foot existant) en un nouvel espace paysager, le tout avec une contrainte de temps très serrée.
Nous verrons comment nous sommes passés de l'acquisition de données par photogrammétrie à une vidéo d'animation immersive, en passant par :
- Le scan 3D pour obtenir une topographie exacte et un environnement fidèle sans "tricherie" 2D.
- La fusion précise des plans DWG architectes et du scan dans Blender.
- La production rapide de l'ambiance et de la végétation dans Twinmotion (une alternative agile à notre workflow habituel sous Unreal Engine).

Le scan 3D : Socle topographique et contexte visuel immédiat
Pour ce projet, l'acquisition des données a été un défi en soi. Habituellement, nous déployons un drone pour scanner la zone. Cependant, la réglementation imposait ici un délai de 5 jours ouvrés pour obtenir les autorisations de vol (déclaration en préfecture nécessaire car en zone habité et présence d'une base militaire située à proximité).
Contraints par l'urgence du rendu, nous avons dû nous adapter. Nous avons réalisé la photogrammétrie au sol, à l'aide d'un boîtier Sony A7R4 monté sur une perche télescopique de 10 mètres. Si cette méthode est plus physique et légèrement plus longue sur site qu'un vol de drone, elle nous a permis de contourner les délais administratifs sans sacrifier la qualité des textures ni la précision géométrique.

Une fois les photos traitées, la photogrammétrie joue ici un double rôle bien distinct :
- Pour l'environnement proche (le décor) : Modéliser les façades des bâtiments voisins, les voiries existantes ou le mobilier urbain alentour est extrêmement chronophage. Ici, nous avons conservé le maillage scanné (le mesh) de l'environnement périphérique.Avantage : On obtient un contexte photo-réaliste immédiat, avec les "imperfections" du réel (usure des murs, végétation existante) qui donnent de la vie, sans passer des jours à modéliser le voisinage.
- Pour la zone de projet (le gabarit) : Sur l'emprise du parc (l'ancien terrain bitumé), le scan n'a pas vocation à être vu, mais à être analysé. Il nous sert de référence topographique absolue. Plutôt que de partir d'un plan zéro arbitraire, nous avons utilisé le scan pour extraire les courbes de niveau et comprendre les pentes réelles.Avantage : Cela nous garantit que notre future modélisation se raccordera parfaitement aux trottoirs et voiries existants. Pas de mauvaises surprises de dénivelé ou de seuils impossibles à gérer lors du chantier : la 3D est calée sur la réalité du terrain.
C'est cette base hybride — un environnement scanné conservé et une topographie scannée servant de guide — qui nous permet de passer à l'étape suivante : la fusion avec les plans d'architecte.
Blender : La fusion du plan 2D et de la topographie réelle
Une fois le scan traité et nettoyé, nous importons le maillage dans Blender. C’est à ce moment précis que la "magie" opère : la rencontre entre l’existant (le scan) et le futur (le plan d’architecte).
Nous avons réceptionné les plans DWG du futur aménagement paysager. Comme souvent, ces plans sont en 2D, "à plat". Le défi est de leur donner du volume sans trahir la réalité du terrain.
Le processus de calage : Nous importons le DWG dans Blender et le superposons au modèle photogrammétrique. L'alignement se fait grâce aux points de repère fixes capturés par le scan : les bordures de trottoirs conservées, les angles des bâtiments voisins ou les limites de voirie.

Une fois les photos traitées, la photogrammétrie joue ici un double rôle bien distinct :
La modélisation du terrain : C'est l'étape la plus technique. Au lieu de modéliser un sol plat générique, nous avons modélisé les nouveaux cheminements, les zones végétalisées et le terrain de sport en nous basant sur la topographie du scan. Nous faisons coïncider les points de notre modèle 3D avec l'altimétrie du scan aux points de raccordement. Cela permet de gérer les pentes douces pour l'écoulement des eaux et de s'assurer que les accès au parc sont de plain-pied avec la rue, sans marches accidentelles ni talus incohérents.
Les éléments sur-mesure : Enfin, pour valider l'échelle et l'encombrement, nous avons modélisé les éléments clés du projet : les nouveaux agrès sportifs et les jeux pour enfants. En les plaçant dans ce contexte scanné, on valide immédiatement leur impact visuel par rapport aux bâtiments voisins (ombres portées, vis-à-vis).
Nous obtenons ainsi une scène "grise" (sans textures) mais géométriquement parfaite. Le projet est implanté, les pentes sont justes. Il ne reste plus qu'à lui donner vie.
Twinmotion : La course contre la montre gagnée par le temps réel
Dans notre flux de travail habituel, nous privilégions Unreal Engine 5 pour sa qualité de rendu inégalée et la liberté totale qu'il offre pour ajuster les moindres détails. Cependant, chaque projet dicte ses propres règles. Ici, la contrainte principale était le temps : le rendu devait être livré en quelques jours seulement.
C'est là que Twinmotion s'est imposé comme l'outil tactique idéal. Moins complexe qu'Unreal, il nous a permis de faire l'impasse sur le paramétrage avancé des matériaux pour nous concentrer sur l'essentiel : la composition et l'ambiance.
L'habillage express : Une fois le modèle "nu" exporté depuis Blender, tout s'accélère. Twinmotion brille par son accessibilité immédiate :
- Végétation : Si Unreal permet une gestion extrêmement fine, l'outil de peinture de Twinmotion offre une immédiateté imbattable pour ce type de projet. Nous avons pu densifier les zones vertes très rapidement en piochant directement dans la bibliothèque intégrée, sans avoir à configurer des assets complexes.
- Matériaux : Bien que les matériaux soient beaucoup plus basiques que ceux que nous développons habituellement sur-mesure sous Unreal, ils restent d'une qualité suffisante pour une visualisation globale. Les textures de bitume, de sols souples et de béton font le travail pour valider les teintes et l'aspect général sans nécessiter de longs temps de configuration.
Donner vie sans animer manuellement : Pour un projet de parc urbain, une image fixe est souvent trop statique. Le client voulait une vidéo pour "sentir" le projet. Twinmotion permet d'ajouter de la vie instantanément : les arbres bougent avec le vent, les personnages marchent et discutent, et les enfants jouent. Réaliser cela manuellement ou paramétrer des blueprints d'animation aurait pris trop de temps pour ce délai court. Ici, l'ambiance "vivante" est calée très rapidement.
Ce choix pragmatique nous a permis de produire une vidéo d'animation fluide et compréhensible, livrée dans les temps, sans sacrifier la lisibilité du projet.
Plus qu'une image : un outil d'aide à la décision
Ce projet démontre qu'en Archviz, la photogrammétrie ne sert pas uniquement à faire de "jolies images". C'est avant tout un outil de sécurisation technique et de communication stratégique.
En faisant coïncider le plan DWG avec la réalité scannée du terrain, nous avons transformé une simple demande de visualisation en un véritable levier de validation.
Un gain de temps décisif face aux décideurs Le retour de notre client a été sans appel : la vidéo a été l'élément clé pour convaincre les élus de la commune. Là où des plans 2D abstraits nécessitent souvent de longues explications pour être interprétés par des non-initiés, la vidéo a permis une compréhension immédiate du projet.
- Contextualisation totale : Le projet est vu dans son quartier avec sa topographie réelle, et non sur un terrain plat théorique, un environnement générique ou un photomontage approximatif.
- Simulation d'éclairage : Le cycle jour/nuit intégré a permis de rassurer les élus sur l'ambiance nocturne et l'aspect sécuritaire du parc, un point souvent sensible pour les collectivités.
Au final, le client estime avoir gagné un temps précieux en évitant les allers-retours habituels de compréhension. Le projet a été validé plus vite, car il a été compris plus vite.
Pour vos futurs projets d'aménagements urbains ou paysagers, ne travaillez plus à l'aveugle. Intégrer le réel dès la phase de conception est le levier le plus efficace pour fédérer vos interlocuteurs.
Vous avez un projet d'aménagement ou de promotion immobilière ? Découvrez le détail de nos prestations et d'autres exemples de réalisations sur notre page dédiée à la Visualisation Architecturale.
Projet après travaux en images
Une sélection de photos du parc après travaux









